Stéphane Servant.
Fragments 10 des Poèmes techniques du "Traité de la Réformation poétique française".
Le Sylphe aux étoiles.
Du leitmotiv prosodique :
Un matin, - sous la brume pâlie
où l'Aurore – vacillent les pleurs,
un grand sylphe – chantait dans les fleurs
à coté d'une vierge endormie.
Et les lys entrouvraient lentement leurs corolles
pour entendre sa voix, sous les rayons frileux,
mourir, dans le parfum de la terre et des roses,
en paroles d'azur, avec des sanglots bleus.
Il disait : "Toi que j'ai, dans mes bras, ô mortelle !
Emportée, vers le songe, au delà du soleil,
dois-je t'abandonner au destin que t'appelle,
du seuil de ma Chimère au seuil de ton éveil ?
Quant ton regard d'enfant fleurira la lumière,
ne renieras-tu pas d'une humaine pudeur
La frêle volupté qui berça ta candeur,
au frisson de mon aile, en la brume lunaire ?
J'ai retenu ton rêve en sa chute longtemps.
Sur ce monde où les dieux, des homme, ont la fange,
te verrais-je livrée aux faunes arrogants
ou, monstrueux hymen, jetée aux trafiquants
de fortune et de chair dont j'ai vu le mélange ?
Adieu ! – Mon regret revivra dans tes pleurs
futurs – par amour, en humaines douleurs.
Adieu !" Il cueilli des lys blancs et des roses
autour – de la vierge et couvrit son sein nu
des fleurs – du matin toutes fraîches écloses
et mit – un baiser à leur seuil ingénu.
Au sépulcre de l'ombre où veillait sa tendresse,
la vierge s'éveilla du songe et sa détresse
étreignit dans ses bras le fantôme divin ;
mais il s'évanouit comme un pâle mensonge !
- "O mon premier amant ! reste mon premier songe,
je t'aime ! laisse-moi t'adore !" Mais, en vain !
Alors que, dégagée de la brume charnelle,
elle s'offrait, ainsi qu'une fleur fraternelle,
à l'immortel tourment dans un vaste baiser,
soudain, elle baissa sa paupière farouche
et vit, qu'entre ses mains tremblantes, sur sa bouche,
elle n'avait qu'un lys et qu'il était brisé.
In Cahiers du Centre. Octobre 1911.